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Interviews
« Pour moi, ce qui est le plus important, c’est d’avoir un bon produit »
Interview exclusif François Quairel pour The Media Leader [9 avril 2026]
Arrivée il y a six mois à la tête d’EBRA, Sophie Gourmelen pilote le plus grand groupe de presse quotidienne régionale en France, avec neuf titres (Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, DNA, Est Républicain…), 479 millions d’euros de chiffre d’affaires, plus de 121 000 abonnés numériques et une forte implantation territoriale. Dans sa première interview à un média depuis sa prise de fonction, l’ancienne DG du Parisien revient sur ses premiers mois, défend un modèle fondé sur la qualité éditoriale, la puissance du maillage local, la défense de la valeur de l’abonnement numérique, la montée en puissance de la vidéo et de la diversification, tout en assumant un objectif clair : remettre durablement le groupe, détenu par le Crédit Mutuel, sur la voie de la rentabilité.
The Media Leader : Vous êtes arrivée il y a six mois à la tête du groupe EBRA, filiale du Crédit Mutuel, après votre expérience au sein du Parisien. Quel premier bilan faites-vous de vos premiers pas dans ce groupe assez complexe dans son organisation ?
Sophie Gourmelen : Vous le dites très bien : c’est un groupe très diversifié, d’abord par son étendue géographique, mais aussi par les histoires propres à chacun de ses titres. On n’a évidemment pas la même culture à Strasbourg, à Grenoble, à Dijon ou à Lyon. Mais c’est précisément ce qui fait la richesse EBRA. Ce qui m’a frappée en arrivant, c’est la force de l’ancrage territorial, à la fois sur le plan éditorial, commercial et logistique. On a des rédactions locales puissantes, des équipes commerciales très présentes sur le terrain, un maillage de distribution et de portage qui est assez remarquable. Moi qui viens davantage de la presse quotidienne nationale, c’est quelque chose qui impressionne beaucoup. Ce groupe est très décentralisé, et c’est un vrai atout, à condition de savoir lui donner un cap commun.
Là où il faut encore progresser, c’est d’abord sur la force éditoriale. The Media Leader : Après ces six premiers mois, qu’est-ce qui fonctionne bien selon vous, et qu’est-ce qui doit encore être renforcé ?
S.G. : Ce qui fonctionne bien, c’est incontestablement le rapport au territoire. La proximité, le lien avec les acteurs locaux, la connaissance très fine du terrain, la capacité à raconter des territoires de manière crédible et incarnée : tout cela constitue une force rare. C’est vraiment le cœur de valeur du groupe. Ce qui fonctionne aussi, c’est la diversité des expériences menées dans les différents titres, qui permet d’avoir des bonnes pratiques qu’on peut croiser, partager, dupliquer. Là où il faut encore progresser, c’est d’abord sur la force éditoriale. Je pense qu’on peut encore produire des contenus plus singuliers, plus distinctifs, plus puissants. Nous travaillons sur un projet éditorial pour muscler cette proposition de valeur. Il y a aussi un sujet sur les ventes, avec ce maillage territorial qui peut encore être mieux exploité, notamment sur le portage et les ventes au numéro. Enfin, la régie est en pleine transformation. Elle est récente dans sa forme unifiée, elle se structure, elle a déjà commencé à lancer de nouvelles offres, mais il y a encore beaucoup à faire pour tirer pleinement profit de ce qui fait notre singularité.
The Media Leader : Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 479 millions d’euros, quasiment stable. Confirmez-vous les chiffres sur les pertes ? Dans ce contexte, quel est aujourd’hui, pour vous, le point le plus important dans la bataille économique que mène la presse régionale ?
S.G. : Pour moi, le point le plus important, c’est d’avoir un bon produit. Je sais qu’on n’aime pas toujours employer ce mot dans la presse, mais au fond c’est bien de cela qu’il s’agit : proposer une offre éditoriale forte, identifiable, désirable. Un journal qu’on a envie d’acheter, de lire, de garder. Et quand je parle de “journal”, je parle aussi bien de l’objet print que de la marque dans son expression numérique. Cela veut dire des unes fortes, des contenus utiles, des sujets à valeur ajoutée, des formats différenciants, une capacité à raconter le territoire autrement qu’en simple restitution factuelle. Ensuite, il y a évidemment le sujet de l’ajustement des coûts dans un contexte de baisse structurelle du print. Il faut retrouver un modèle économique rentable et donc pérenne. Mais si l’on ne part pas de la qualité de l’offre, on construit sur du sable. Tout revient, à un moment ou à un autre, à la force du produit éditorial.
(..) tous les plans d’économies du monde ne suffiront pas. La base, c’est une promesse éditoriale forte.
The Media Leader : Cela veut dire que, pour vous, la réponse à la crise de la PQR n’est pas d’abord industrielle, mais d’abord éditoriale ?
S.G. : Je le pense, oui. Bien sûr, il y a des sujets industriels, de diffusion, d’impression, de logistique, de coûts fixes, qui sont très importants et qu’il ne faut surtout pas sous-estimer. Mais la première question à se poser, c’est : est-ce qu’on fait un journal, ou plus largement une marque d’information, que les gens ont envie de choisir ? Si la réponse est non ou pas assez, alors tous les plans d’économies du monde ne suffiront pas. La base, c’est une promesse éditoriale forte.
The Media Leader : Justement, sur l’outil industriel, vous avez quatre imprimeries. Certains estiment que le secteur conserve encore trop d’outils au regard de la baisse des volumes. Quelle est votre position ?
S.G. : Il faut raisonner avec une logique complète. On ne peut pas isoler la seule impression du reste de la chaîne. L’impression est liée à la distribution, à la capacité d’acheminer les journaux dans les temps, au plus près des territoires. Un quotidien régional, par définition, doit arriver tôt et doit conserver un niveau de service élevé. Donc la logique n’est pas seulement industrielle au sens strict, elle est aussi territoriale, logistique, environnementale. Imprimer très loin pour redistribuer ensuite sur de très longues distances ne me paraît pas forcément être la solution miracle. Aujourd’hui, nos quatre imprimeries s’inscrivent dans ce schéma de proximité. Bien sûr, elles ont été pensées à une époque où les volumes étaient plus importants. Bien sûr, il faut adapter l’outil à la baisse structurelle du print. Mais je crois qu’il faut le faire sans perdre de vue la cohérence globale du système.
The Media Leader : Vous insistez beaucoup sur le portage. Est-ce un levier encore sous-exploité ?
S.G. : Oui, clairement. Le portage est un levier très important, à la fois pour la qualité de distribution, la fidélisation des lecteurs et la maîtrise de la chaîne de valeur. Aujourd’hui, la question de la dépendance à la Poste est un vrai sujet, notamment dans un contexte de hausse des tarifs et de qualité de service dégradée. Donc l’idée est bien de renforcer encore notre réseau de portage, de le consolider, et, là où c’est possible, de basculer davantage d’exemplaires postés vers des exemplaires portés. Cela ne veut pas dire que c’est simple partout. Il y a des zones plus compliquées que d’autres. Mais justement, l’enjeu, c’est de préserver ce maillage territorial. Et si demain on peut aussi distribuer davantage de titres tiers pour consolider cette activité, cela fait partie des pistes à explorer.
Nous sommes en train de travailler à un plan stratégique avec une vision plutôt moyen-long terme, de l’ordre de cinq à six ans.
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Pauline Boisnier, Responsable Opérations Spéciales & Brand Content chez EBRA Médias, nous parle d'EBRA Story et de son métier
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